Feuille, papier, ciseaux

Plus le temps passe, plus nous appelons progrès ce qui ressemble à une régression.

La sexualité est à l’origine de toute vie.
Elle est un langage premier, un mouvement vital, une force fondatrice.
Sans elle, il n’y aurait ni corps, ni histoire, ni humanité.

Depuis toujours, la nudité accompagne cette évidence.
Dans l’art antique, dans la pierre, la peinture, le marbre,
le corps nu était célébré :
non pas pour être consommé, mais pour être regardé, compris, honoré.
La nudité était élégance, équilibre, vérité.

Le voyeurisme remplace la contemplation.
La frustration remplace le désir.
La violence remplace le consentement.

Dans certaines cultures, la sexualité est inscrite dans la pierre.
Les corps des divinités s’exposent sans honte,
la nudité y est savoir, transmission, spiritualité.
Et pourtant, dans ce même espace,
le corps de la femme est nié, contrôlé, agressé.
Sacralisé dans l’art, détruit dans le réel.

Cette contradiction traverse de nombreuses sociétés.
On couvre les femmes au nom du respect,
on voile leurs corps pour les protéger,
comme une armure censée neutraliser le désir.
Mais aucune armure n’arrête la violence.
Le viol traverse les tissus, les lois, les morales.
Il naît du pouvoir, non de la nudité.

Les regards insistent.
Les mains s’autorisent.
Les corps deviennent des objets d’usage, puis de rejet.

À travers des fragments de statues antiques,
des bustes voilés, figés, silencieux,
je confronte la beauté intemporelle du corps
à la brutalité contemporaine du regard.

Feuille, papier, ciseaux évoque un jeu,
mais aussi trois gestes essentiels :
couvrir, découper, exposer.
Trois manières de regarder,
trois manières de nier ou de révéler le corps.

As time passes, we call progress what increasingly resembles regression.

Sexuality lies at the origin of all life.
It is a primal language, a vital movement, a founding force.
Without it, there would be no bodies, no history, no humanity.

Since the beginning of time, nudity has accompanied this truth.
In ancient art — in stone, in painting, in marble —
the nude body was celebrated:
not to be consumed, but to be contemplated, understood, honored.
Nudity was elegance, balance, truth.

Voyeurism replaces contemplation.
Frustration replaces desire.
Violence replaces consent.

In certain cultures, sexuality is carved into stone.
The bodies of deities appear without shame;
nudity there is knowledge, transmission, spirituality.
And yet, within that same space,
the body of the woman is denied, controlled, violated.
Sacralized in art, destroyed in reality.

This contradiction runs through many societies.
Women are covered in the name of respect,
their bodies veiled to protect them,
like armor meant to neutralize desire.
Yet no armor can stop violence.
Rape passes through fabric, laws, and morals alike.
It is born of power, not of nudity.

Gazes linger.
Hands allow themselves.
Bodies become objects of use, then objects to be discarded.

Through fragments of ancient statues,
veiled busts, frozen, silent,
I confront the timeless beauty of the body
with the contemporary brutality of the gaze.

Feuille, papier, ciseaux evokes a game,
but also three essential gestures:
to cover, to cut, to expose.
Three ways of looking,
three ways of denying or revealing the body.